Le 23 Juin 2015, l’Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie, l’OCID, réunissait dans la salle de conférence de l’Hôtel Kinam, des dirigeants politiques, des responsables d’organisations de la société civile, des leaders d’opinion, des conseillers électoraux, des universitaires, des membres de la communauté internationale, pour présenter la méthodologie d’observation systématique des élections, communément appelé S.B.O en anglais, méthodologie reposant sur les principes fondamentaux de la statistique et qui sera à la base de l’Observation entreprise par l’OCID à l’occasion du processus électoral en cours.

Aujourd’hui, un mois après, l’OCID a le plaisir et l’honneur de réunir une assemblée aussi docte et aussi prestigieuse pour un autre exercice qui concerne également la vie politique haïtienne. Il s’agit de présenter les résultats d’une enquête-diagnostic qui a été mené par l’OCID sur l’engagement citoyen en Haïti, en 2015. Un tel diagnostic s’avère particulièrement opportun à l’occasion des importantes élections qui doivent se tenir au cours du second semestre de cette année.

Vous l’aurez remarqué, ces deux premiers évènements publics, réalisés par l’OCID revêtent un caractère hautement scientifique. Dans les deux cas, les Sciences Politiques et les Statistiques sont sérieusement mises à contribution, parce que, nous autres à l’OCID, nous croyons dans une approche scientifique du réel, y compris des réalités humaines, y compris de la réalité politique haïtienne, qui peut paraitre parfois aberrante. Non ! Nous ne pensons pas que la réalité politique soit aberrante. Nous croyons plutôt qu’il y a des approches et des perceptions erronées du fait politique haïtien. Nous croyons fermement que la politique haïtienne obéit aux lois qui régissent le comportement des individus et des sociétés.

Nous sommes persuadés que nous ne pourrons institutionnaliser la Démocratie en Haïti, nous ne pourrons instaurer une Démocratie stable et renforcer nos institutions politiques, sans une appréhension rationnelle et scientifique de nos réalités sociales et politiques.

C’est pour cela que nous voulons aujourd’hui apporter une contribution à l’établissement d’un diagnostic sur l’engagement citoyen en Haïti, nous voulons faire le point sur la marche du peuple haïtien, dans la difficile transition démocratique qu’il a entreprise depuis 1986. Où est-ce que nous en sommes par rapport à cette violence qui a trop longtemps caractérisé notre vie politique ? A quel point nous y avons renoncé pour nous lancer dans une saine compétition électorale, basée sur le débat, la persuasion et le fairplay ? Avons-nous renoncé à la ruse, à la fraude, à la corruption, pour laisser la volonté populaire s’exprimer dans tout son pluralisme ? Où en est la communauté haïtienne elle-même ? A-t-elle augmenté sa cohésion, son capital social ? La vie associative s’est-elle renforcée ? Le citoyen est-il davantage engagé ? Autant de conditions indispensables pour l’implantation et l’institutionnalisation de la démocratie ! Cette enquête nous aidera à répondre à ces questions.

Dans cette marche vers le Démocratie, il y a lieu également de faire le point sur les élections elles-mêmes. Ont-elles fini par convaincre le peuple haïtien que c’est la voie la plus sûre et en définitive la seule, qui puisse conduire à une réelle transformation de ses conditions matérielles de vie ? Comment les différentes classes d’âge et les différentes catégories sociales se positionnent-elles par rapport aux élections, par rapport à la classe politique et à la vie politique en général ? Quelles raisons motivent leur attitude ? Quel regard la population haïtienne jette-t-elle sur certaines des institutions politiques instaurées par la Constitution de 1987 ? Autant de questions essentielles auxquelles cette enquête apportera des éléments de réponse.

Mais nous savons que l’institutionnalisation de la Démocratie n’est pas une fin en soi. C’est plutôt un moyen pour répondre aux attentes de la population, un moyen pour contribuer à son bien-être, pour résoudre ses problèmes. Or justement cette enquête nous aidera aussi à identifier ce que la population haïtienne dans sa diversité perçoit comme étant ses problèmes majeurs. Pauvreté, chômage, insécurité, maladie, corruption, environnement, autant de problèmes indiqués par les personnes interviewées. Chaque réponse correspond à un pourcentage de la population enquêtée et renvoie à des catégories sociales bien spécifiques. Ce sont là des données qui peuvent se révéler très précieuses pour les candidats dans la préparation de leur discours, et de leur programme de campagne et on espère demain dans l’élaboration de leur plan d’action, une fois élu.

Ce matin nous ne nous contenterons pas de présenter les résultats de l’enquête, nous voulons aussi initier un débat. C’est pour cela que nous organiserons des groupes de discussion autour de certains thèmes majeurs indiqués par les résultats de l’enquête. Nous commencerons à réfléchir ensemble sur les solutions aux problèmes majeurs qui préoccupent la population haïtienne : Pauvreté, chômage. Nous examinerons aussi ensemble les moyens de consolider les rapports entre le peuple haïtien et les institutions politiques. Autant de questions essentielles pour l’institutionnalisation de la Démocratie en Haïti, ce qui est non seulement la mission de l’OCID mais aussi l’objectif majeur qui nous réunit ici, aujourd’hui.

Je m’en voudrais de terminer ces propos d’introduction sans remercier ceux qui ont rendu possible la réalisation de l’enquête. D’abord l’un des principaux conseillers du comité de pilotage de l’OCID, dans la préparation du questionnaire, le Dr Neil NEVITTE, professeur de Sciences Politiques à l’Université de Toronto, qui a développé une longue expérience à travers le monde dans l’implantation de la Démocratie. Il a été assisté par un spécialiste haïtien en statistiques, M. Joseph Denis ANTOINE. Merci également à Mme. Claudia MORALES, une experte chilienne qui a aidé à la mise en place de la base de données. Merci à tous les cadres de l’OCID depuis le gestionnaire de la base de données, le responsable de l’équipe des 17 coordonnateurs et 1700 observateurs, le responsable de la formation, notre officier de communication, notre responsable logistique, sans oublier la coordonnatrice du projet. Un mot de remerciement également à notre vaillante équipe du Secrétariat, de l’Administration et de la Comptabilité, ainsi que les opérateurs de saisie, les enquêteurs, le personnel de soutien. Les résultats qui nous seront présentés ce matin, c’est le résultat de la collaboration d’une équipe internationale, pluridisciplinaire, qui a travaillé sous pression, en un temps record et qui a voulu offrir un travail de qualité.

Nous ne saurions oublier nos partenaires, en particulier le NDI, l’Institut National Démocratique, qui nous a apporté un appui précieux dans les différentes étapes de la démarche et le Ministère des Affaires Étrangères du Commerce et du Développement du Canada qui a apporté l’appui financier. Nous tenons à les remercier pour leur assistance mais aussi et nous tenons à le souligner, pour la pleine indépendance qu’ils nous laissent dans la conduite de cette enquête dont l’OCID assume la pleine responsabilité. Mon dernier mot sera pour vous remercier, vous tous qui avez abandonné vos lourdes responsabilités, pour répondre à notre invitation, pour venir réfléchir et débattre avec nous, pour participer à cette grande et indispensable combite de la consolidation et de l’institutionnalisation de la Démocratie en Haïti. Merci !

Rosny DESROCHES  

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