Mesdames, Messieurs les Représentants du Gouvernement et de l’Administration Publique, Monsieur le Représentant du Premier Ministre, Messieurs les Membres du Gouvernement, Honorables Parlementaires, Membres du Conseil Électoral, distingués Membres du Corps Diplomatique, Dirigeants de Partis Politiques, Responsables des Organisations de la Société Civile et du secteur des Affaires, Membres de la Presse, Messieurs les Panélistes, chers partenaires de l’Institut Démocratique National, Chers Collègues de l’OCID, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Il m’est particulièrement agréable de vous accueillir ici ce matin à ce séminaire sur l’Observation électorale systématique. C’est un immense honneur que vous faites à l’OCID, Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie, de répondre nombreux à son invitation ce matin, en dépit de vos multiples et importantes obligations. Souffrez d’entrée de jeu, que je vous dise un mot de l’OCID, un nouveau venu sur la scène de la société civile haïtienne. L’OCID n’est pas encore une association, c’est tout simplement un consortium formé de trois organisations qui dans le passé ont eu l’occasion de collaborer particulièrement dans le domaine de la promotion et de la défense des droits humains et dans l’observation électorale. Il s’agit du Centre OEcuménique des Droits Humains présidée aujourd’hui par Mme Sylvie Bajeux et de Jurimedia dirigé par M. Abdonel Doudou. Nous devons reconnaitre que les trois institutions n’ont pas été modestes dans le choix du nom du consortium : Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie. « Institutionnalisation » ce concept autant il est long, autant il est difficile à prononcer, autant il peut paraitre prétentieux. Oser parler d’institutionnalisation en Haïti, dans un pays où l’informel règne en maître, sur une terre aussi glissante que la terre d’Haïti, c’est une véritable gageure, c’est un défi à relever. C’est un défi qui est à la hauteur de nos aspirations pour la nation haïtienne. Ce que nous souhaitons pour le pays c’est la stabilité, la stabilité institutionnelle, la stabilité politique, c’est pour cela que nous avons choisi le concept « institutionnalisation » qui contient la même racine latine « stare » qui signifie établir, installer, qui réfère à quelque chose de permanent, de solide. Ce que nous souhaitons pour le pays, c’est une démocratie stable qui repose sur des institutions solides, sur des pratiques et des procédures pérennes. C’est pour cela que nous avons choisi quatre grands axes de travail.
D’abord la Participation Citoyenne. Nous croyons dans la démocratie participative où le citoyen ne se contente pas de déléguer son pouvoir entre les mains de représentants à différents niveaux mais où il reste proactif et vigilant. Nous voulons suivre et stimuler cette participation.
Le deuxième axe, c’est la Représentation Politique. Si nous croyons dans la participation citoyenne et dans une société civile dynamique, nous sommes aussi persuadés qu’il n’y a pas de démocratie digne de ce nom sans des partis politiques bien organisés, structurés, porteurs de revendications sociales solides. Les élections en cours actuellement nous montrent que la démocratie progresse dans notre pays. En effet, toutes les sensibilités politiques, toutes les tendances idéologiques participent à la course. Nous sommes dans une phase d’hyper participation à en juger par le nombre de candidats à la présidence, aux législatives et aux fonctions électives locales. En lisant cette réalité politique à la lumière de la dialectique hégélienne, je dirais qu’après une thèse de non-participation démocratique, d’exclusion citoyenne, que nous avons connu dans nos deux derniers siècles d’histoire nationale, nous sommes aujourd’hui à l’antithèse de l’hyper participation pour nous acheminer je l’espère, dans un troisième temps vers une synthèse qui conciliera participation et organisation, participation et regroupement. Regroupement autour d’idées forces, de choix politiques, de choix économiques et de choix sociaux clairs. Regroupement autour de programmes et de projet de société. Nous autres au sein de l’OCID, dans la mesure des moyens disponibles et des opportunités nous souhaiterions dans un avenir proche, apporter notre contribution à cette organisation rationnelle de la vie politique haïtienne.
Le troisième axe de travail qu’envisage l’OCID, c’est la Compétition Politique. Observer cette compétition, aider à la réguler. C’est dans ce sens que nous participons à l’observation électorale et c’est dans ce cadre que nous organisons le séminaire d’aujourd’hui sur l’Observation électorale systématique.
Le quatrième axe de travail, de l’OCID c’est le Suivi des Politiques Publiques. Nous ne voulons pas seulement observer les élections, faire part de nos constats. Nous voulons aussi suivre ce que les élus vont faire de leur mandat, s’ils vont ou non tenir leurs promesses. Comme vous pouvez le constater, ce sont d’énormes chantiers qu’ouvre l’OCID. Heureusement que les trois organisations ont déjà accumulé une certaine expérience dans ces différents domaines. Il s’agit maintenant de conjuguer nos forces et de profiter des autres opportunités de collaboration qui nous sont offertes.
A ce sujet, je voudrais souligner la contribution importante que nous a apportée le N.D.I l’Institut National Démocratique dans la mise en place de ce consortium. L’Institut nous a accompagné de ses conseils et de son expérience durant le processus de formation du consortium. En particulier il a largement contribué à l’élaboration et au financement du projet d’observation électorale, première action entreprise par l’OCID. Nous tenons aussi à remercier le Ministère des Affaires Etrangères du Commerce et du Développement du Canada quii à travers le N.D.I finance la première étape de ce projet d’observation électorale. Merci également à l’USAID qui apporte sa contribution dans certaines activités du projet comme ce séminaire par exemple et qui se propose de contribuer au financement d’autres étapes du projet d’observation.
L’observation systématique des élections, objet du séminaire que nous ouvrons ce matin, est appelée à apporter une importante contribution à la crédibilité des élections en Haïti, à la mise en confiance des électeurs et par conséquent au renforcement de leur participation. Aussi voudrions-nous adresser un mot sincère de remerciement aux trois intervenants étrangers qui ont abandonné leurs occupations professionnelles pour venir nous apporter le fruit de leurs connaissances et de leur expérience. D’abord, merci au professeur Neil Nevitte, de l’Université de Toronto, un expert volontaire du N.D.I qui va nous exposer la méthodologie scientifique du SBO (Sample Based Observation) et qui au moment opportun construira avec le concours d’un statisticien haïtien, l’échantillon représentatif de l’ensemble des bureaux de vote.
Merci également à MM. Rafik Halouani et Francisco Alvarez qui responsables d’observation électorale dans leur pays respectif, la Tunisie et la République Dominicaine, viendront nous parler de leur expérience de l’observation systématique et de la méthodologie S.B.O, qui ont aidé leur pays à vérifier les résultats officiels des élections et à les accepter comme fiables et crédibles, parce que validés par une démarche scientifique basé sur des principes statistiques universellement reconnus. La République Dominicaine expérimente cette méthodologie depuis près de vingt ans et leur démocratie commence sérieusement à s’institutionnaliser. La Tunisie vient de vivre des élections qui pourraient être qualifiées d’exemplaires par rapport à ce qui s’est passé dans les autres pays du printemps arabe.
Nous voulons également remercier le Président du C.E.P Monsieur Pierre Louis Opont qui a accepté le principe de la participation du C.E.P à cet échange sur l’observation systématique et scientifique et qui en raison de son absence du pays a confié au Directeur Exécutif le soin d’exprimer le point de vue du C.E.P sur l’observation systématique. Merci M. Georges d’avoir bien voulu accepter cette délicate mission.
Nous espérons vivement que l’introduction d’un comptage parallèle à partir d’une approche scientifique dans nos pratiques électorales, nous aidera à mettre un terme aux crises post électorales qui on fait tant de mal à notre pays, au cours de ces vingt-cinq dernières années. Nous ne nous faisons pas d’illusion, nous savons que la méfiance est grande chez nous et que souvent elle est renforcée par un comportement de mauvais perdant. Mais nous sommes persuadés que la vérité et l’esprit scientifique finiront par vaincre ces attitudes négatives. En tout cas nous autres au niveau de l’OCID, nous faisons le pari de la Science, et nous prenons ici l’engagement auprès de cette auguste assemblée, auprès des responsables du Gouvernement, auprès des Conseillers électoraux, auprès des partis politiques, auprès de la communauté internationale, qui apporte sa contribution financière au processus électorale, auprès du peuple haïtien tout entier, nous prenons dis-je l’engagement de tout faire avec une parfaite probité et avec la plus grande rigueur. Car vous conviendrez avec moi qu’une approche scientifique ne s’accommode d’aucun écart, ni en terme de fraude, ni en terme de négligence. Le jour du scrutin, nous aurons entre 1700 et 2000 observateurs bien formés, répartis sur un échantillon aléatoire et représentatif de l’ensemble des bureaux de vote, qui seront en contact téléphonique avec une cinquantaine d’opérateurs de saisie, dans un centre d’appel, nous aurons une base de données gérée par des techniciens chevronnés, et une équipe d’analystes qualifiées. Ce sera un travail d’une haute technicité. Rien ne sera négligé pour donner un travail de qualité et rigoureux.
Ici à l’OCID nous sommes persuadés que seules la vérité et l’honnêteté nous affranchiront. Nous avons déjà expérimenté les méfaits et les résultats catastrophiques de la violence, de la fraude et de la corruption : Sous-développement, régression, dictature, oppression et révolte au niveau de la population, mise à l’index, bannissement et rejet au niveau des coupables. Le moment est venu d’essayer autre chose : fair-play, respect de la vérité des urnes, respect du choix du peuple. Si nous ne voulons pas faire plus de tort à ce pays, si nous ne voulons pas le précipiter définitivement dans l’abîme, nous devrons tous nous courber devant la vérité des urnes et le choix du peuple. Tout le monde droit se courber : Dirigeants Politiques, Partis Politiques, Société Civile, Communauté Internationale.
Si mes souvenirs sont exacts, c’est Auguste Comte qui disait : « On ne commande à la Nature qu’en lui obéissant ». Je paraphraserais le philosophe français en disant : « On ne conduit un peuple vers le progrès et le développement qu’en tenant compte de ses choix, de son vote » Cela ne veut pas dire que le choix du peuple soit nécessairement le meilleur. Mais si on veut améliorer ce choix, il faut le faire par le dialogue, la formation, la persuasion et non par la violence, la fraude et la corruption.
Merci à vous tous, membres du Gouvernement, Représentant du C.E.P, de la Communauté Internationale, Dirigeants Politiques, Militants de la Société Civile, d’avoir répondu à notre invitation. Je vous encourage à participer activement à cet échange. Exprimez en toute liberté, vos doutes, vos inquiétudes, vos préoccupations. Ce séminaire, ce n’est pas une pure courtoisie, ni une simple formalité. C’est le début d’un processus que nous voulons sérieux et qui est appelé à protéger, à garantir vos droits et ceux du peuple haïtien.
