Le Conseil Consultatif de la Société Civile auprès de la Banque Interaméricaine de Développement est heureux de vous souhaiter, par mon organe, la bienvenue à ce colloque sur le Thème << Education et Développement >>, qui constitue son premier évènement annuel. Nous sommes particulièrement heureux que le Ministre nous ait fait l’honneur de sa présence, ce matin

Comme indiqué dans la lettre d’invitation, le Conseil Consultatif est une structure regroupant une vingtaine d’organisations de la société civile, dont la mission est d’aider à l’amélioration de l’impact de la Banque sur le développement économique et social du pays. L’existence d’un tel conseil auprès de la BID ne représente nullement une particularité haïtienne. Ceci constitue un élément même de la politique de la Banque. En effet, dans tout le pays de la région où la banque a une représentation, elle a encouragé la formation d’un conseil consultatif de la société civile, généralement désigné (CONSOC).

C’est ainsi que depuis près de cinq ans, le Bureau de la BID en Haïti a initié ce processus dans le pays, en invitant des représentants de quelques organisations de la société civile haïtienne, à se réunir périodiquement avec le représentant et quelques hauts cadres de la banque, pour prendre connaissance et discuter du plan d’action de la BID. A partir de 2010, le groupe s’est élargi en vue de s’assurer que les principaux secteurs d’activités étaient représentés, particulièrement les domaines dans lesquels la Banque intervient dans le pays. C’est ainsi qu’aujourd’hui on peut dire que les secteurs suivants sont bien représentés : Education, Agriculture, Environnement, Participation Citoyenne, Université, Femmes, Presse, Infrastructures, Cultures, Secteur des Affaires, Syndicats.

La Banque a également mis à la disposition du conseil, un consultant engagé à temps partiel, qui coordonne et fait le suivi des activités du conseil. En l’occurrence, il s’agit de l’Agronome Serge Pierre-Louis, qui s’est beaucoup dépensé pour rendre possible cet événement annuel – Je vous prie de l’applaudir.

Précisons tout de suite que le CONSOC n’a pas de statut juridique, ce n’est pas non plus une entité fonctionnant sous l’autorité de la Banque. C’est avant tout un forum, un lieu de rencontre, un trait d’union entre la Banque et la Société Civile haïtienne. Il donne son opinion sur la stratégie pays et sur le plan d’action de la Banque, il s’informe sur la mise en oeuvre des projets, par des visites de terrain, s’informe de la perception des bénéficiaires de ces projets. Il aide la Banque à mieux faire connaitre son action, à augmenter l’efficacité de ses interventions et à répondre davantage aux attentes de la société haïtienne. Le conseil se réunit une fois par mois, sur une base bénévole.

Le Conseil Consultatif haïtien s’est structuré en formant des commissions thématiques dans les domaines suivants : Agriculture, Éducation, Eau potable et Assainissement, Secteur des Affaires, Énergie et Infrastructures, et une commission transversale qui réfléchit sur les moyens d’améliorer l’efficacité des interventions de la Banque, en tenant compte des réalités sociopolitiques et économiques du pays.

L’une des pratiques des CONSOCs, c’est d’organiser un événement annuel susceptible de contribuer au rayonnement de la Banque. Ce colloque sur Éducation et Développement représente le premier événement annuel du CONSOC haïtien.

Pourquoi ce colloque sur Éducation et Développement ? 3

Une première raison toute simple, c’est que la BID intervient de façon significative dans l’éducation en Haïti et qu’elle est avant tout une banque de développement. Mais nous avons choisi ce thème pour une raison plus profonde. C’est parce que nous avons le sentiment que la relation entre l’Éducation et le Développement mérite d’être approfondie dans notre pays.

Aujourd’hui Haïti figure parmi les 20 derniers pays dans le classement mondial relatif à l’Indice de Développement Humain. Pourtant, nous avons réalisé certains progrès en matière d’éducation. Selon les plus récentes estimations, le taux net de scolarisation se situe autour de 80%. Et dans le premier cycle, la scolarisation des filles est presqu’égale à celle des garçons. Par contre nous n’arrivons pas à décoller en matière de développement. La question peut alors se poser : Est-ce que l’enseignement fourni dans nos salles de classe est conçu pour promouvoir le développement ?.

Plusieurs réformes du système éducatif ont été lancées. Plusieurs initiatives heureuses ont été prises. Mais chaque fois, nous avons raté l’opportunité de faire de l’éducation un levier du développement. Après l’occupation américaine, la Réforme Dartigue entreprise entre 1941 et 1945 a accordé une place importante à l’enseignement manuel dans les écoles primaires de manière à développer chez l’élève des habiletés manuelles et déceler les aptitudes pouvant conduire à la production. Ces orientations pratiques n’ont pas été véritablement retenues dans le curriculum haïtien. A la fin des années 70, la Réforme Bernard a introduit l’ITAP, l’Initiative à la Technologie et aux Activités Productives. Cette composante de la Réforme a été pratiquement négligée pour ne pas dire ignorée alors que la composante apprentissage du créole a pu survivre à toutes les résistances qu’il avait suscitées.

La création de l’INFP, Institut National de Formation Professionnelle dans les années 80, qui devrait dynamiser la formation professionnelle dans le pays n’a pas atteint ses objectifs, si bien que dans le budget de la République qui vient d’être voté, les crédits alloués à cette institution ont été réduits de façon drastique. Aujourd’hui la formation professionnelle est le parent pauvre du système éducatif.

Mesdames, Messieurs, ce n’est pas un accident si la production haïtienne est à son plus bas niveau et si nos exportations représentent à peine un tiers de nos importations. Ce n’est pas un accident si dans beaucoup de domaines particulièrement dans le secteur industriel, nous devons faire appel à des techniciens philippins, dominicains ou coréens, alors que de nombreux licenciés en Droit, en Sociologie, en Anthropologie, en Sciences Humaines en général, connaissent un chômage déprimant. La raison, c’est que notre système éducatif n’est pas conçu pour être un levier du développement économique, c’est que nos différents curricula ne sont pas développés en fonction des besoins du marché du travail, des besoins de la production. Non seulement, nous n’avons pas su développer les compétences nécessaires pour dynamiser notre appareil de production, mais nous n’avons pas su insuffler à nos jeunes les valeurs indispensables aujourd’hui dans un monde de plus en plus compétitif à savoir : l’éthique du travail, le sens de l’épargne et de l’investissement, l’esprit d’entreprise, le culte de la qualité du travail bien fait, de l’excellence, de la performance et le respect du consommateur.

Notre sentiment c’est qu’une véritable révolution est indispensable non seulement dans notre système éducatif, dans nos curricula, mais aussi dans nos valeurs, nos attitudes et nos comportements, pour que l’éducation et le savoir deviennent de véritables facteurs de production et de développement. Ce n’est pas qu’il faille négliger le social, la convivialité, l’humanisme et l’épanouissement de la personnalité. Non !. Nous devons rechercher un meilleur équilibre entre le social et l’économique, entre la culture et la technique dans notre pays. Nous devons enclencher une interaction vertueuse entre le social et l’économique. Car il n’y a pas de développement économique durable sans un développement social adéquat. De même, il n’y a pas de développement social permanent sans une infrastructure économique solide. Et notre voeu ce matin, c’est que ce colloque sur Education et Développement soit une contribution significative au déclenchement de cette révolution culturelle.

A ce sujet, permettez-moi de partager avec vous quelques réflexions que le Conseil Consultatif haïtien a développées à l’occasion de sa première visite de terrain dans le Nord du pays. En effet à la fin du mois d’Avril, le CONSOC a visité le Parc Industriel de Caracol financé par la BID et en même temps nous avons profité pour visiter le Campus de Limonade de l’Université d’État d’Haïti offert par la République Dominicaine l’une des recommandations de notre rapport de visite c’est que le campus de Limonade ne se contente pas de transmettre du savoir traditionnel mais qu’il devienne un centre de formation universitaire en matière de développement local, qu’il soit un centre de recherche et de réflexion pour le développement durable de cette région du Nord et du Nord-est du pays, à la faveur de l’installation du parc industriel, qui présente autant d’opportunités économiques que de défis sociaux et environnementaux. Il n’y aura pas de développement harmonieux et soutenable sans une approche rationnelle et une réflexion scientifique. Voilà donc une occasion d’articulation concrète entre Éducation et Développement.

Pour terminer, je voudrais vous remercier vous tous qui avez fait le déplacement en particulier, Le Ministre de l’Éducation Nationale.

Merci d’avoir bien répondu à notre invitation pour participer à cet échange et à cette réflexion sur la finalité de notre système éducatif.

Je m’en voudrais de terminer ces propos sans dire un mot d’appréciation envers la BID que je considère comme une institution d’avant-garde, d’une part, pour l’équilibre qui caractérise ses interventions entre le social et l’économique et d’autre part, pour la place importante qu’elle accorde à la participation.

La BID a compris que si ses interlocuteurs officiels sont les responsables de l’État et du Gouvernement, elle ne peut servir véritablement le peuple haïtien que si elle reste à l’écoute et en dialogue avec la population elle-même à travers la sphère organisée de la société.

Pour tout cela, nous présentons nos plus vives félicitations à la Banque Interaméricaine de Développement.

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